Le pari numérique du Guardian: les initiatives se multiplient

Vous aurez tous remarqué que depuis quelques mois, les initiatives du Guardian sur le plan des nouveaux médias se multiplient. Régulièrement, le quotidien britannique, vieux de 191 ans, fait l’objet d’articles sur les sites dédiés aux nouvelles pratiques journalistiques et aux nouvelles technologies. Ouverture d’une « newslist », développement du « datajournalism », création du « TagBot » de Twitter, lancement des applications Facebook et iPad… Le point sur la stratégie « digital first » du Guardian.

Le 16 juin dernier, l’annonce fait grand bruit : The Guardian part à la conquête du numérique pour se refaire une santé et mieux faire face à la crise de la presse. C’est lors d’une présentation au personnel qu’Andrew Miller, directeur général de la maison mère Guardian Media Group (GMG), révèle sa décision : le site internet gratuit du quotidien et ses applications payantes seront désormais privilégiés par rapport au journal papier.

www.guardian.co.uk

Page d’accueil du site d’info du Guardian

“Doing nothing was not an option”

« Ne rien faire n’était pas envisageable », a lancé Andrew Miller à son personnel ce jour là. En effet, le groupe devait réagir : The Guardian et Observer (l’autre titre du groupe GMG qui parait tous les dimanches) réunis ont perdu 33 millions de livres en 2010. Le titre payait entre autre l’adoption très coûteuse du format berlinois en 2005 et les effets de la crise économique de 2008-2009. Une issue s’est imposée assez naturellement : alors que la diffusion du journal papier a décliné de 12,5% entre avril 2010 et avril 2011, la fréquentation du site a elle augmenté de 31% sur cette même période. La solution était toute trouvée. Une étude datant d’avril 2011 avait d’ailleurs montré que guardian.co.uk arrivait en 5ème position parmi les sites web de journaux les plus lus dans le monde, avec presque 31 millions de visiteurs rien que pour le mois de mars 2011. Le site assurait déjà en juin 2011 25% des revenus du groupe GMG à lui tout seul.

Dès lors, le quotidien papier est allégé pour fournir un contenu moindre mais plus recherché afin d’être plus compétitif sur le marché des journaux haut de gamme, de la presse écrite de qualité (des « broadsheets » chez les Britanniques). Le grand quotidien souhaite offrir un contenu plus exclusif, fait de commentaires et d’analyses. L’actu chaude n’est donc plus la priorité du Guardian. Pourquoi ce choix? Parce qu’une étude montrait que la moitié des lecteurs du Guardian lisaient le journal le soir après le travail. Il fallait donc adapter le quotidien pour qu’il puisse être lu à toute heure de la journée. Après avoir entendu la même actualité dans les autres médias (radio, TV) tout au long de la journée, les lecteurs du Guardian avaient sans doute envie de lire des articles différents et plus fouillés que de simples papiers factuels sur les derniers événements.

Malgré cette métamorphose du journal papier et malgré les rumeurs, aucun plan de licenciements n’a été annoncé par Andrew Miller ce 16 juin 2011. Les 630 journalistes et les 1500 salariés du groupe pouvaient donc envisager sereinement le tournant décisif du Guardian. Cependant le 22 juin 2011 à la BBC, Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian, a lui émis l’idée d’employer plus de développeurs et moins de journalistes. Mais ceci tout en précisant :

« Nous allons avoir besoin de perdre un certain nombre de gens, mais nous n’avons pas besoin de le faire dès demain. Nous pouvons le faire sur les deux prochaines années. »

Stratégie « digital first »

« Tous les journaux se dirigent vers une sorte de futur numérique. Cela ne veut pas dire qu’il faut oublier l’imprimé, mais cela nécessite de concentrer son attention, son imagination et ses ressources sur les diverses formes que semble prendre le futur numérique. »
Alan Rusbridger, Rédacteur en Chef du Guardian

Parallèlement à cette reconfiguration du journal papier, le directeur général de GMG déclare vouloir doubler ses recettes numériques en passant de 47 millions de livres pour l’année 2011 à 91 millions d’ici 2015 ou 2016. Place à la stratégie « digital first ». Les initiatives numériques se multiplient dans les mois qui suivent cette annonce afin d’attirer de nouveaux visiteurs réguliers.

Mi-septembre 2011, The Guardian lance le site guardiannews.com destiné aux internautes américains. Pourquoi créer une édition USA? Tout simplement parce que le lectorat du site guardian.co.uk se composait en juillet 2011 d’un tiers d’internautes britanniques, un tiers d’internautes américains et un tiers d’internautes du reste du monde. Consacrer au marché américain une plus large place sur son site d’info était donc pour The Guardian une étape incontournable afin de développer son activité numérique.

Autre initiative : en juin 2011, lorsque le directeur général de GMG annonce sa nouvelle stratégie, l’application iPhone (lancée en mars 2010) était pleine de promesses car elle était déjà devenue rentable. Mais The Guardian n’en est pourtant pas resté là avec Apple puisqu’il lance cette fois-ci en octobre 2011 une application iPad. (>> Focus sur l’appli iPad du Guardian)

Et peu à peu dans la presse et sur les blogs consacrés aux médias, les articles montrant le dynamisme numérique du Guardian vont se succéder. On y rappelle le mouvement précurseur du journal en direction du « datajournalim » avec la plateforme uniquement dédiée à cette activité sur le site guardian.co.uk (>> Focus sur le datajournalime du Guardian). On annonce des chiffres impressionnants pour l’application Facebook du journal créée en septembre 2011 (>> Focus sur l’appli Facebook du Guardian). On parle de son robot Twitter créé début novembre 2011: le TagBot qui répond aux questions des twittos (>> Focus sur le TagBot du Guardian). On débat sur le journalisme participatif du quotidien britannique avec sa newslist mais aussi son site nOtice (>> Focus sur le journalisme participatif du Guardian)… Bref, The Guardian fait parler de lui. Reste à savoir si toutes ces initiatives relèvent du buzz ou si elles seront réellement rentables sur le long terme. Affaire à suivre de très près !

Publié sur Horizons Médiatiques, le 13 janvier 2012

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